Récolter de l’or avec de la moutarde

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On dirait que la fleur de
moutarde n’est pas la seule chose de jaune qui tourne autour de cette plante.
Cela peut vous sembler un peu comme un phénomène de science-fiction, mais
aujourd’hui, je vais parler de la phytoextraction
de métaux.
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La phytoextraction
(dérivé de la phytorémédiation), c’est le processus qui consiste à
employer des plantes pour retirer des composantes du sol ou de l’air, et de les
emmagasiner dans la plante. Instinctivement, on peut donc considérer que cela
permet traditionnellement de décontaminer des sols de métaux lourds, en les
absorbant et en permettant, après avoir récolté les plantes, de les extraire et
de les traiter comme il se doit. Effectivement, dans plusieurs cas, on utilise
des plantes pour retirer des concentrations relativement élevées de métaux sur
un très large territoire. On l’utilise donc pour le genre de cas où retirer
quelques centaines de tonnes de terre pour les mettre dans un site
d’enfouissement adapté n’est pas une alternative très alléchante. Dans les
sables bitumineux ou certaines exploitations minières, on connait
le pouvoir absorbant des plantes et le rôle qu’elles peuvent jouer pour aider
dans l’extraction de métaux.
Par contre, la phytoextraction peut avoir d’autres utilités. Plusieurs
installations de phytoextraction ont récemment été
implantées pour récolter des métaux comme le nickel et l’or. Oui, je viens bien
de parler d’or. Il est devenu possible, avec les connaissances et les processus
actuels, d’extraire de l’or à partir de plantes (dites hyperaccumulatrices)
qui emmagasinent une certaine quantité d’or contenue dans le sol (cet or doit
être contenu en surface, là où les racines se rendent), et la gardent dans la
plante.
Il faut faire un peu attention;
quand je parle d’une plante hyperaccumulatrice, cela
ne veut pas dire que les plantes deviennent dorées ou entièrement composées de
nickel. Les hyperaccumulatrices de nickel ont un peu
moins de 1% de leur masse sèche (en excluant la masse de l’eau contenue dans la
plante) en nickel. Pour l’or, la meilleure plante « hyperaccumulatrice »
(car elle ne l’est que sous certaines conditions bien précises), c’est la brassica
juncea, appelée la « moutarde chinoise »,
de son nom commun. Elle n’accumule que 0.001 % de sa masse sèche en or.
Pour extraire un métal de la
plante (ces techniques existent et sont utilisées déjà), il existe deux techniques :
la première est le procédé de pyrolyse à haute température, qui fait « littéralement »
brûler la matière organique et laisse un produit similaire à un sol,
extrêmement riche en nutriments. Il serait ensuite possible d’extraire l’or de
ce sous-produit (le biochar, en anglais… le défaut
d’étudier à McGill est qu’on n’en connait
pas les termes français). Une autre façon serait de digérer la matière
organique avec un acide et d’employer des solvants pour extraire les métaux.
C’est un procédé moins intéressant, parce que la pyrolyse génère aussi de
l’électricité (le procédé de pyrolyse suivi de l’enfouissement du biochar est l’un des seuls procédés connus capables de
séquestrer le carbone et de produire de l’électricité en absorbant des gaz à
effet de serre).
Une étude récemment publiée en
Australie montre qu’il serait possible d’obtenir un rendement de 26 000 $ australiens
(20 000 $ canadiens) par hectare en exploitant des sols qui sont riches en
or. L’étude évalue aussi les endroits potentiels pour implanter une telle
industrie, et indique que l’on pourrait y récolter environ 1 kg d’or/hectare/année
(ce n’est pas beaucoup, mais l’or a une valeur d’environ 30 000 $/kg).
Source : Harris, A.T.,
Indicative assessment of the feasibility of Ni and Au phytomining
in Australi, Journal of Cleaner Production, v 17, n 2, January, 2009, p 194-200
Oui, je
sais, cet article est prévu pour être publié en janvier 2009. Mais je suis
cool, alors McGill me donne accès en avant-première à
des articles qui ne sont même pas encore publiés.
La phytoextraction
dans l’industrie minière est prometteuse. Elle permettrait d’exploiter des
gisements qui ne peuvent pas l’être en ce moment, car ils couvrent une trop
grande surface et que le métal est en trop petites concentrations pour
justifier une grande opération. Elle permet aussi de générer une matière
presque pure; dans le cas du nickel, son extraction donne souvent un produit
qui doit être purifié pour lui retirer des molécules de soufre qui passaient
par là. La plante fait ce travail de filtration elle-même, car elle n’aime pas
trop emmagasiner du soufre dans ses racines.
Ça sonne un peu comme de la
science-fiction, d’imaginer que l’on pourrait exploiter des mines comme on
cultive un champ de moutarde. Il y a certaines particularités à tenir en compte
et des traitements qui suivent ce procédé. Par contre, on voit qu’il y a
beaucoup de possibilités dans le monde pour des procédés biologiques efficaces,
que l’on peut appliquer à des activités humaines.
La phytoextraction
de l’or est déjà employée au Brésil, dans
une ancienne mine d’or maintenant contaminée. On travaille aussi, grâce aux
plantes, à en décontaminer le territoire du mercure et de l’extraire. Bien
entendu, la phytoextraction est un processus assez
long et qui demande des années de récoltes. Les entreprises ont souvent des
plans quinquennaux (sur 5 ans) pour décontaminer des sols.
Pour un petit résumé sur le “phytomining”:
http://www.ito.ethz.ch/people/robinson/Phytomining.html
Écrit par : Maxime Ouellet-Payeur (Manx)