Des chauves-souris comme insecticides

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Je passe un long temps à me demander comment introduire ce sujet, mais je crois que le mieux serait d’expliquer certaines caractéristiques de ces mignonnes petites bêtes, si impressionnantes. Alors, voilà un bien gros méli-mélo d’infos sur les chauves-souris en général. Si ça ne vous intéresse pas, passer le prochain paragraphe, c’est votre droit de lecteur ^^.
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La chauve-souris est un mammifère, et en fait, c’est le seul mammifère capable de voler. Il en existe plus de mille espèces, ce qui fait que le quart des espèces de mammifères sont des chauves-souris. On sait qu’elles s’orientent par écholocalisation (les ultrasons, un peu comme les sonars, permettent d’évaluer les distances à partir des ondes réfléchies et du délai entre la transmission et la réception du son), mais les chauves-souris sont aussi dotées du sens de la vue, contrairement à la croyance populaire. Ce sont des animaux relativement petits, nocturnes, qui peuvent se nourrir de fruits, de nectar, de pollen ou d’insectes (ce qui nous concernera plus tard). Certaines espèces peuvent hiberner, alors que d’autres migrent vers le sud à la recherche de nourriture. Les chauves-souris dorment effectivement la tête à l’envers. Comme elles se perchent en hauteur, cela leur permet de profiter de la force de gravité lors de leur départ pour prendre de la vitesse et fuir leurs prédateurs. Finalement, il est aussi important de savoir que les chauves-souris tiennent beaucoup à leur foyer; si on essaie de les déménager, cela peut être problématique, car leur sens de l’orientation les ramènera presque inévitablement jusqu’à leur domicile.
Si je parle des chauves-souris aujourd’hui, c’est pour la capacité de plusieurs espèces à se nourrir d’insectes. Étant un animal nocturne, les chauves-souris ne chassent pas au même moment que la majorité des oiseaux, plutôt diurnes. Du à cette différence, des insectes différents sont présents sur les plantes, et les chauves-souris se nourrissent donc de pestes bien différentes qu’un oiseau comme la tourterelle, par exemple. Lors de tests au Mexique et dans les forêts d’Amérique du Sud, l’université du Michigan semble avoir montré que dans ces milieux, les chauves-souris pouvaient être de meilleurs agents de contrôle des pestes que les prédateurs oiseaux.
Les chauves-souris sont effectivement capables de réduire la prolifération d’insectes, ainsi que les dommages que ceux-ci font aux plantes. C’est pourquoi plusieurs sites montrent aux agriculteurs et aux gens intéressés à faire des abris pour attirer les chauves-souris. Comme je l’ai mentionné plus haut, les chauves-souris savent toujours retrouver le chemin vers la maison. Par contre, si ceux-ci trouvent un lieu avec beaucoup de nourriture et un abri aménagé et douillet, ces animaux ne vont pas se gêner pour y habiter, et ce, même si le lieu a été aménagé par un humain. C’est pourquoi on trouve sur internet plein de designs d’abris à chauves-souris pour aider les agriculteurs (le Biodôme en a d’ailleurs un aussi).

Au Québec, les chauves-souris trouvent souvent niche dans des usines désaffectées, par exemple, ou dans des lieux clos près d’un lieu de nourriture. Les chauves-souris sont souvent utilisées dans les vergers biologiques, comme au domaine Steinbach (qui essaie d’avoir des chauves-souris depuis 3 ans… Malheureusement, plus le temps passe et plus les chances d’avoir des niches habitées sont faibles), que j’avais visité l’an dernier. La chauve-souris est un des prédateurs les plus importants de la carpocapse, un papillon dont la chenille aime s’installer dans les pommes… Et disons que c’est assez dégueulasse à voir. Celle-là est la moins horrible :

La chauve-souris est un allié très utile pour les producteurs de vergers biologiques, mais il y a aussi certains problèmes. Aux États-Unis, la première cause des infections par la rage sont les morsures de chauves-souris. Donc, il faut toujours faire attention à ce que des chauves-souris n’essaient pas d’entrer dans la maison. Il faut par contre rester optimiste, car moins de 0.5 % de ces animaux peuvent transmettre la rage, et qu’il y a peu de chances qu’une chauve-souris vous morde. Mais les signes qu’une chauve-souris peut avoir la rage sont les suivants : incapacité à voler, une chauve-souris active de jour ou se promenant dans des lieux habituels (exemple : entrant dans votre maison).
Le dernier problème des chauves-souris est que ce type de prédateur est extrêmement sensible aux pesticides. Il est donc impossible d’utiliser ces mammifères dans un projet d’agriculture conventionnelle. Comme vous le savez, plus on monte dans la chaîne alimentaire et plus la concentration de pesticides dans le corps est élevée. Cela est dû au fait que la majorité des pesticides sont difficilement évacués par le corps, sinon ils ne serviraient à rien. Si, par exemple, un carpocapse a une concentration de DDT de 5 PPM, et qu’une chauve-souris mange 10 000 carpocapses dans sa vie, sa concentration de DDT dans le corps peut aller à 100 PPM. Ce sont, bien sûr, des chiffres fictifs. Mais comme une chauve-souris est extrêmement légère (de 2 à 900 grammes, environ, les espèces Nordiques allant environ dans les 20 à 40 grammes) et mange beaucoup d’insectes, une petite concentration de pesticides peut nuire à leur développement ou, plus simplement, les tuer directement. L’usage d’insecticides est souvent montré du doigt pour la mauvaise santé des chauves-souris d’Amérique du Nord, d’ailleurs. C’est pourquoi lorsque l’on désire favoriser l’implantation de chauves-souris par des abris sur un verger, il est sage de limiter au minimum l’emploi de pesticides chimiques, voire de se limiter aux insecticides biologiques, comme la chaux souffrée.
Comme l’on voit, il est possible de limiter les infestations de pestes par la compréhension et l’application des principes de base de la biologie et de l’écologie, soit par la pratique de nos connaissances dans la chaîne alimentaire. L’introduction de prédateurs peut parfois être bénéfique pour contrôler les populations de pestes, mais dans d’autres cas, cela peut aussi attirer des imprévus. Comme dans tout cas de contrôle de pestes, il faut bien être capable d’évaluer les conséquences et bénéfices de notre méthode appliquée. Un insecticide mal employé peut affaiblir un écosystème et faciliter le retour d’insectes, alors qu’un moyen de contrôle par prédation entraîne les conséquences inhérentes à l’introduction d’une nouvelle espèce. Mais dans le cas des chauves-souris, il a été prouvé depuis longtemps que c’était un prédateur efficace dans les vergers, accompagnés d’autres moyens et prédateurs, mais qu’il avait aussi son côté plus sombre (transmission de la rage et faible résistance aux pesticides chimiques).
Sources :
Wikipedia
Ecological Agriculture Project du campus MacDonald de McGill - Birds and bats: the Orchard Pest Control
University of California - Use of Bats to Enhance Insect Pest Control
Bats Protect Crops from Insects - Compte rendu des recherches de l’University of Michigan
Site d’informations sur les chauves-souris du Michigan
La rage chez les chauves-souris
Écrit par : Maxime Ouellet-Payeur (Manx)