Les bois à croissance rapide: le bambou et le saule

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Antipollution était intéressé à avoir quelques articles sur le bois. J’ai donc profité de ma journée de congé et de repos pour faire une petite recherche, histoire d’accroître mes connaissances dans le domaine.
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Plusieurs doivent se souvenir du film de Richard Desjardins sur l’Erreur Boréale, sorti il y a quelques années au sujet des pratiques forestières destructrices effectuées dans le Nord du Québec (la bonne vieille coupe à blanc). Vous serez sûrement heureux d’apprendre que depuis cette époque, les pratiques forestières sont devenues beaucoup plus consciencieuses, du à des pressions citoyennes et à la volonté de satisfaire l’opinion publique. Mon grand-père (vendeur de machinerie lourde pour les agriculteurs et PME) me racontait d’ailleurs qu’il vendait de plus en plus de machines pour transport de bois à petit volume, pour des exploitations forestières moins “industrielles” et plus responsables. Il y a des façons de gérer une forêt sans détruire sa viabilité à long terme et l’industrie forestière Québec semble avoir décidé de relever ce défi (du moins, dans le sud du Québec, car je ne connais pas très bien la situation au nord du fleuve).
Malgré tout, le Ministère des Ressources Naturelles, des Parcs et de la Faune (MRNPF) désire augmenter ses rendements en coupe forestière, tout en remédiant au problème de la surexploitation. Pour cela, le Québec essaie de concentrer sa recherche en foresterie pour trouver des arbres à croissance rapide qui pourraient être récoltés plus d’une fois aux 30 ans. On se concentre surtout sur le potentiel des cultures de peuplier. Dans les années ‘90, Domtar avait même loué quelques parties de la terre de mon grand-père pour expérimenter le potentiel de croissance de certaines essences dudit peuplier. En 10 ans, la plantation a rejoint la hauteur de la forêt de sapins et de feuillus qui se trouvent justes à côté d’elle.
Ce tournant du Québec vers les essences à croissance rapides représente un mouvement que plusieurs pays ont commencé à suivre. D’ici 2050, la FAO estime que le 3/4 du bois destiné à des fins commerciales proviendra d’essences à croissance rapide.
C’est un peu pour ça qu’aujourd’hui, je vais parler de deux espèces à croissance très rapide : le bambou et le saule.
Le bambou
Le bambou ne pousse, bien entendu, pas au Québec. Par contre, cette plante (car le bambou n’est pas un arbre, mais vient plutôt de la famille des graminées, qui comprend le riz, la canne à sucre et le switchgrass) est vraiment le leader des essences à croissance rapide, du à sa vitesse de croissance et à ses propriétés uniques. Pour mieux vous référez, sachez qu’une plantation de bambou produit 6 fois plus de biomasses qu’une forêt traditionnelle.
En effet, le bambou arrive à maturité après 3 ans et peut donc être récolté. La plante vit environ 20 ans. Sa croissance moyenne (selon les espèces) est de 7 à 10 cm par jour. Comme vous vous en doutez, le centre d’une plante de bambou est creux (c’est d’ailleurs une des propriétés d’une tige). Pour ceux qui ont suivi un cour de génie mécanique de niveau universitaire, vous savez probablement qu’une structure creuse offre une plus grande résistance pour un même volume.
La densité du bambou est aussi extrêmement faible (300 à 400 kg/m cubes). Malgré cette faible densité, c’est un matériau très rigide, du à une grande concentration de silice dans la tige de la plante. En fait, le bambou est tellement solide que dans plusieurs cas, il peut même arriver à remplacer l’acier dans certaines structures dans des conditions particulières (comme pour ajouter résistance à la tension dans le béton). Petite bulle: le béton résiste très bien à une pression en compression, mais il brise facilement s’il est étiré. Pour compenser ce problème, on ajoute souvent des barres d’acier dans une structure de béton, afin que celle-ci puisse absorber la tension. Dans certaines constructions en Asie (et je présume que ces constructions ne doivent pas demander trop de force en tension), on a remplacé les barres d’acier par des tiges de bambou.
Un dernier avantage du bambou est son aisance de traitement. Un bambou bien traité résiste facilement à l’humidité, aux insectes et à la moisissure. Cela lui permet d’avoir une durée de vie accrue. À cause de cela, le bambou est utilisé en construction (notamment pour les revêtements de sol, certains sols de bambou étant même certifié écologique) ou dans la fabrication de meubles. Le bambou apporte d’ailleurs un vent d’exotisme en design, avec des formes plus rondes et cylindriques que du bois d’érable coupé de façon rectangulaire, ce qui donne un style particulier aux créations.
Finalement, les plantations de bambou ont aussi quelques bénéfices environnementaux. Vu ses racines solides, le bambou arrive à mieux emprisonner l’eau dans les sols et donc à combattre l’érosion des terres. Comme sa croissance est rapide, il peut aussi servir de brise-vents érigés rapidement dans certaines régions du monde.
Le saule
Le saule fait partie de la même famille que le peuplier: les salicacées. Selon les espèces employées, les essences de saule à croissance la plus rapide peuvent être récoltées toutes les 3 à 5 ans. Il est relativement facile de produire des saules par multiplication végétative (des formes naturelles de reproduction asexuée qui engendrent des clones, comme le marcottage, le bouturage ou le greffage). C’est un arbre qui pousse naturellement au Canada. D’ailleurs, c’est tellement vrai que le Salix viminalis (une espèce de saule) a obtenu le rendement de biomasse ligneuse le plus élevé jamais enregistré au pays. Par contre, la superficie de saule est encore relativement petite; la superficie mondiale de terres à saule n’est que de 176,000 ha (ou 1760 kilomètres carrés). Le gouvernement du Canada considère la superficie de saules au pays si petite qu’elle ne l’inclut pas encore dans ses inventaires nationaux. Or, on remarque au niveau mondial une hausse de la production de saules, vu sa vitesse de croissance et la découverte de plusieurs utilisations qui pourraient servir à faire des produits utiles.
La recherche en saules se fait surtout en Nouvelle-Zélande, pays qui emploie les salicacées dans plusieurs domaines. Par exemple, les feuilles du saule peuvent parfois servir de fourrages pour animaux. Le saule peut aussi servir à produire de la bioénergie (notamment pour les poêles à granulés, en produisant les granules nécessaires à la combustion). Finalement, une étude menée au Québec* a montré que le salix viminalis, l’essence de saule à haut rendement, pourrait servir à remplacer jusqu’à 30% du bois nécessaire pour fabriquer des MDF (Medium-Density Fiberboard). Ce matériau d’ingénierie est un composite fait de matériaux de bois de petite taille et réunis ensemble pour créer un matériau avec des caractéristiques particulières. Le MDF est surtout utilisé pour son esthétisme et son faible coût et peut employer des arbres qui n’ont pas un tronc très gros. Il est utilisé pour le design d’intérieur. Comme plusieurs usines fabricant des MDF sont actuellement en manque de matières premières (de bois), créer une filière de bois capable de croître très rapidement pourrait atténuer, voire régler ce problème, en plus de créer un matériau encore moins cher.
La famille des salicacées est aussi reconnue pour leurs bénéfices environnementaux. En Nouvelle-Zélande, des plantations de saules servent d’ailleurs à stabiliser les berges. Il serait possible, au Québec, d’utiliser les saules comme bande riveraine et avec une gestion adéquate, de les récolter pour générer un revenu. En Chine, les saules ont été placés pour combattre la désertification des régions de l’ouest. Mais l’un des gros avantages du saule serait dans la phytoremédiation (utilisation de plantes et de microbes pour décontaminer un site). Les salicacées ont la réputation d’absorber les métaux lourds, comme le cadmium.
*Use of short-rotation coppice willow clones of Salix viminalis as furnish
in panel production
Forest Products Journal, Septembre 2006, Volume 56, Issue 9, p.47-52
Écrit par : Maxime Ouellet-Payeur (Manx)